Reportage

Race Akhal-téké Celui que l’on vouvoie

Race Akhal-téké Celui que l’on vouvoie
Héloïse Ghirardi, propriétaire et gérante d'un des plus gros élevage d'akhal-tékés en Lorraine © Isabelle Bennett

On dénombre aujourd'hui six mille akhal-tékés dans le monde. Parmi eux, deux tiers sont élevés en Asie centrale. On en trouve aussi en France, à Blenod-Les-Toul en Lorraine. Histore et rencontres avec des passionnés.

Akhal-téké ! Le nom claque comme la lanière de la nagaïka, ce court fouet redoutable que tout Cosaque bien né et nombre de cavaliers d’Asie centrale arborent au poignet et qu’a popularisé Joseph Kessel dans son célèbre roman les Cavaliers. L’akhal-téké, mystérieux et légendaire, éveille depuis des lustres l’admiration et la curiosité. Mais qui est au juste ce “lévrier du désert” ? L’Asie centrale fut le berceau de races très anciennes telles que le tarpan ou encore le cheval de Prejwalski – à qui le célèbre explorateur russe qui le “redécouvrit” en 1879 donna son nom. Le turcoman enfin, dont la race est éteinte et auquel on attribue l’origine des akhal-tékés.

Bucéphale, un de ceux-là…

Les premières traces d’un cheval fin, élancé et taillé pour la course en Asie centrale, seraient apparues d’après certains auteurs russes, au Ve siècle avant notre ère. En témoignent les restes de chevaux parés retrouvés dans les tombeaux de la civilisation scythe, au coeur des montagnes de l’Altaï. Également monture des Parthes et des Mèdes avant qu’ils ne subissent à leur tour les invasions des peuplades turcophones, il fut sans nul doute un élément déterminant dans leur mode de vie. Bucéphale, le célèbre cheval d’Alexandre le Grand, aurait été un de ceux-là, de même que les montures des guerrières amazones.

 Le nom akhal-téké vient de l’oasis d’Akhal, située non loin d’Achkabad, l’actuelle capitale du Turkménistan dont le nom signifie “la ville de l’amour” et qui fut semble-t-il le berceau de la race, et des tékés, (littéralement “les bouquetins de montagne” et n’étant autre que l’ibex ou Capra sibirica bien connu des chasseurs), la plus méridionale des tribus turkmènes dont le territoire s’étendait de la chaîne montagneuse du Kopet-Dag au sud au désert du Kara-Kum au nord. Située sur la Route de la soie reliant la mer Méditerranée à Samarcande puis à la Chine, l’oasis d’Akhal était un lieu stratégique où les habitants s’adonnaient au pillage des caravanes en menant des razzias dévastatrices et fulgurantes. Grâce à leurs précieux chevaux, alliés de leurs méfaits, ils acquirent rapidement la réputation de farouches guerriers.

 En dépit de la rudesse des éléments, ils prennent un soin jaloux de leurs montures. Les chevaux sont attachés à des piquets, enveloppés jusqu’à la tête dans des couvertures de feutre afin de les préserver du froid nocturne. Ils sont nourris de maigres rations de luzerne séchée additionnées d’un peu de protéines animales sous forme d’oeufs, entre autres. Serait-ce le secret de leur poil brillant ? Toujours est-il que les rudes conditions climatiques propres au désert font de ce cheval un animal robuste, endurant et solide, doté d’allures très rapides primordiales dans leurs critères de sélection et de reproduction. L’akhal-téké a donné naissance à quelques races parmi les plus prestigieuses tel le pur-sang anglais qui vit le jour au XVIIIe siècle. L’étalon bai Byerley Turk en fut l’un des trois pères fondateurs. Capturé par le capitaine Byerley lors du siège de Buda par les Ottomans en Hongrie, l’étalon fut importé en Angleterre en 1687. La légende raconte qu’il fallut plusieurs jours avant de pouvoir l’attraper tant il était fougueux et rapide !

L’extinction du nomadisme

L’akhal-téké contribua également à la génétique du Trakhener (en ex-Prusse orientale), et de plusieurs races russes dont le cheval du Don et le trotteur Orlov parmi les plus connus...Lire la suite...