Reportage

Haute école Cadre noir Exception

Haute école Cadre noir Exception
La courbette dans le style Cadre noir. Un mouvement et un savoir-faire unique au monde © Archives ENE

Le “Manège de Saumur” est un mode à part, certains diraient tiraillé par une ambiguïté, d’autres diraient plutôt “à cheval” sur une double réalité : celles du temps et de ses missions.  Néanmoins il sympbolise l'esprit d'un art à la française que le monde entier nous envie.

Il faut passer la ville de Saumur, traverser Saint-Hilaire-Saint-Florent (au passage, vous pouvez vous arrêter au Canter, où les écuyers viennent parfois boire un verre après leur journée, ou, mieux, saluer Joël Albert, juste à côté, bottier “à l’ancienne” qui peut encore vous fabriquer une paire de bottes “à la française” sur mesure – voir Jours de Cheval n° 2), “monter” vers Terrefort (dont le nom vient de ses terres dites “fortes”, c’est-à-dire très argileuses), puis se renseigner à la guérite de l’École nationale d’équitation (ENE), pour découvrir les écuyers du Cadre noir. Implantés à Saumur en 1815, ils sont d’abord un Manège académique composé d’écuyers civils puis militaires chargés de la formation équestre des officiers-élèves de cavalerie ; aujourd’hui, ils forment le corps des enseignants d’équitation de l’ENE.

 Au XIXe siècle, le futur officier de l’armée de terre se forme d’abord à l’école de Saint-Cyr (c’est d’ailleurs toujours le cas aujourd’hui). Après deux ans de formation, il choisit, selon son rang de sortie, l’arme dans laquelle il souhaite servir : artillerie, infanterie…, cavalerie. Les candidats à la cavalerie sont dirigés vers l’École de cavalerie (devenue École d’application de l’arme blindée et de la cavalerie en 1946), située à Saumur. Là, ils sont pris en main par plusieurs cadres dont les fonctions sont notamment reconnaissables à la couleur de leur uniforme. Les cadres chargés de l’enseignement purement militaire sont en bleu (vers la fin du XIXe siècle), ceux en charge de l’instruction équestre sont en redingotes bleu nuit ou noire. Le “cadre noir” désignera donc d’une façon un peu familière, les “cadres” (les hommes) responsables de l’instruction équestre. En 1949, un film popularisera cette appellation sous le titre Cadre noir, Cadre bleu. Mais jusqu’en 1968, on parle peu du Cadre noir ; par tradition on dit “le Manège de Saumur”. Le nom “Cadre noir” n’apparaît officiellement que dans le décret de 1986, modifiant le décret de création de l’ENE (1972).

 Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le cheval n’étant manifestement plus adapté aux champs de batailles, son remplacement par des moyens mécaniques modernes s’avère inéluctable. L’armée se pose donc la question du maintien d’un corps d’officiers et de sous-officiers spécialistes du dressage des chevaux et la formation équestre des officiers. L’équitation devenant civile, elle imagine un “transfert de compétences” des écuyers vers le civil. C’est ainsi que naît l’INE (Institut national d’équitation), en 1968, dont la mission est de préfigurer une grande école, fleuron de la modernité, qui enseignerait et pratiquerait les sports équestres tout en étant gardienne de la tradition : l’École nationale d’équitation.

 La cavalerie de Frédéric II

L’ENE a bientôt 45 ans et fait partie d’un ensemble plus vaste, l’IFCE (Institut français du cheval et de l’équitation), créé en 2010, qui la regroupe avec les Haras nationaux. Le Cadre noir représente désormais le corps des instructeurs d’équitation de l’École et se compose essentiellement de civils (à 80 %)...Lire la suite...