Reportage

CONFIDENCES Jean-Paul Gallorini Le parrain d’Auteuil

CONFIDENCES Jean-Paul Gallorini Le parrain d’Auteuil
Chinco acheté et entraîné par Jean-Paul Gallorini a gagné le Grand Steeple Chase en juin 1979 © Scoopdyga

HÉRAUT DE L’OBSTACLE. La vie de cette figure emblématique, onze fois tête de liste des entraîneurs d’obstacle, entre coup de gueule et coup d’éclat, est un vrai roman.

Depuis plus de quarante ans sur le devant de la scène, il ne laisse personne indifférent, ni ne se laisse impressionner par quiconque. Successivement qualifié de tribun et de trublion, de magicien et de devin, de défenseur des petits et de confident des grands, de “sorcier” et de self-mademan, d’idole et de briseur d’idoles, Jean-Paul Gallorini vit et pense à cent à l’heure – sourire amusé et gouailleur sous un oeil d’aigle, verbe enjoué et formules chocs sous une élocution sucrée, fleurets mouchetés et sabre assassin sous le même gant… Ses chevaux parlent pour lui, certes. Mais Jean-Paul Gallorini sait se faire entendre. Celui que beaucoup reconnaissent sous le surnom du “Corse” (à tort…) et lui prêtent des accents napoléoniens a d’ores et déjà nourri une légende.

 À LA CONQUÊTE DE PARIS

Une légende éclose au pays de Giono : « C’est sûr, je dois tout au cheval. Sans même le certificat, j’étais entré dans la vie active comme maçon; mais, enfant, je côtoyais des chevaux dans un club hippique, sans monter, seulement pour participer aux soins, aux heures buissonnières, une passion héritée de mon grandpère. Un palefrenier ex-jockey m’a fait découvrir l’hippodrome de Pont-de-Vivaux, à Marseille, et le centre d’entraînement de Bonneveine, que je rejoignais en prenant un train de ramassage à 2heures du matin, seulement pour apercevoir les chevaux à l’entraînement, caché derrière un fourré… C’était pour moi un monde inaccessible. Sauf que, plus tard, étant amené à faire des travaux de maçonnerie dans l’ancienne écurie de Jean Riaud (devenu un monstre sacré du trot et décédé en janvier 2015, NDLR), le maître des lieux m’a interpellé : “Oh toi, tu n’as pas une tête de maçon, mais de jockey, je t’attends chez moi”.Comme j’étais tenu par un contrat d’apprentissage de sept ans, il a fallu trouver un subterfuge. J’ai ainsi obtenu un certificat médical de complaisance selon lequel j’étais allergique à la poussière de ciment… »

 « C’est donc à mon premier patron, Max Loviro, que je dois mon entrée dans le métier. Un an et demi-plus tard, je débutais victorieusement dans le Grand Prix des Apprentis de Marseille, en 1959. Oui, mais, comme on était payé de la main à la main, c’était toute une affaire pour toucher son dû, tandis que les impôts demandaient leur part. “Tu veux monter et, en plus, avoir l’oseille ? Prends-le, mais tu ne monteras plus ! Je te l’avais mis de côté, mais pour plus tard”, m’avait-il été objecté. J’avais du caractère, ça m’en a donné davantage… » « Pareil ensuite, quand j’ai dû opter pour l’obstacle, à cause de mon poids. J’avais gagné la Grande Course de Haies et le Grand Steeple de Marseille avec l’ex-crack Ballon Rouge, qui avait été réclamé par un propriétaire tunisien, aussi flamboyant que fuyant, dès qu’on lui présentait une facture. Je ne l’ai pas lâché. Lui aussi m’a dit que j’avais mauvais caractère. »

 « Monsieur Adèle m’avait été présenté à Cagnes. Il m’a proposé une place à Maisons-Laffitte comme cavalier d’entraînement. Je suis tombé nez à nez avec Franck Fernandel, à la descente du train. Cette rencontre avec un tel “pays” provençal, d’un village tout proche du mien, était pour moi un signe du destin. Arrivé chez Monsieur Adèle  – c’était en 1962 – , j’ai été à la fois émerveillé et affolé par la dimension des effectifs, rien à voir avec le contexte intimiste de mon Sud-Est natal. J’étais très motivé, mais je n’étais pas un calme, à pied comme à cheval, Jusqu’au grave accident qui a interrompu ma carrière à Enghien, en 1972. » « Quand j’étais gosse, fils d’immigrés italiens, traité de “macaroni”, j’étais obligé de me bagarrer. La chance de ma vie, c’est la rencontre avec le cheval. Avec lui, tout incite au contraire à composer et pactiser, comme auprès de la meilleure maîtresse. »...Lire la suite...